Justine Defrance, alias « La Prof » sur YouTube, nous propose une découverte du Moyen Âge à travers ses aspects les plus quotidiens et les plus concrets, tordant le cou au passage à nombre d’idées reçues. Alimentation, hygiène, santé, famille, femmes, éducation, vie en ville ou dans les campagnes, justice, imaginaires et superstitions, arts et loisirs… Sans prétendre à l’exhaustivité pour cette période qui dura mille ans, l’auteure nous raconte véritablement comment l’on vivait au Moyen Âge en s’appuyant sur de nombreuses sources tout aussi sérieuses que divertissantes et sur une iconographie variée et éloquente. Une introduction au Moyen Âge vivante, incarnée et accessible qui privilégie l’« histoire d’en bas » plutôt que celle des grands hommes.
L’avis de la mythographe : Ce fut ma première lecture de l’année et ce fut une très bonne découverte. Ce livre est à la hauteur de son travail sur YouTube (une de ses vidéo est partagée en fin d’article). C’est évidement instructif, abordant plusieurs aspects de la vie quotidienne du Moyen-âge, mais c’est surtout bien sourcé. C’est un reproche que l’on peut faire à certains d’ouvrages de vulgarisation mais pas à celui ci. J’ai aussi beaucoup apprécié l’introduction du livre qui tel une bonne dissertation nous présente son but et sa mise en œuvre.
Le point fort de cet ouvrage se trouve à mon sens dans la plume de Justine Defrance. Le style est fluide, agréable mais surtout teinté de notes d’humour et de bons mots. Humour que l’on retrouve avec plaisir dans les légendes des illustrations. Il y a quelques semaines, France 2 a diffusé une émission où Stéphane Bern et Lorànt Deutsch parcouraient le Paris médiéval. Contrairement à eux, l’autrice explique bien que le Moyen-âge comprend plus de 1000ans d’existence et donc qu’il est nécessaire de préciser le contexte plus précisément, pour voir les évolutions sociales.
Verdict :
Ma première lecture de l’année est une franche réussite, alliant vulgarisation historique et humour bien dosé
Cette année, j’ai (enfin) envie de prendre une bonne résolution que je peux vais tenir. Le futur de 2021, mais j’aimerais qu’il soit culturel. Si les mois qui se sont écoulés furent très particuliers (merci le la Covid19) je peux noter que cela m’a permis de remettre la lecture dans mes habitudes.
Je suis une accro à mon téléphone, mes doigts pianotent entre les applications sans que mon cerveau n’y réfléchisse vraiment. Et pourtant j’ai réussi plusieurs fois à le lâcher pour me plonger dans un livre. Ma banquière peut être surpris cette aveu, elle qui doit voir que mes grosses folies financières sont littéraires. Pourtant, il y a quelques années, je ne lisais plus vraiment.
Et depuis deux ans, je réussi à lire plus de 25 livres sur une année, une moyenne qui définit les « gros lecteurs » selon les instituts de sondages (et mon égo se plait à être dans cette catégorie). En 2021, j’aimerais continuer sur cette voie, et même aller plus loin. Pourquoi s’arrêter à un nombre symbolique de livre lus ? Cette année doit être culturelle. Pour m’aider, je me prépare ici une liste d’objectif pour ne pas me morfondre dans le rythme Métro-boulot-dodo et sortir de ma zone de confort culturel. Ce sont des objectifs qui peuvent pour certains être atteignables facilement l’idée ici, est de remettre la culture au centre de mes habitudes et d’enclencher une dynamique, pour dépasser ces attentes. Et puis il y a t-il plus satisfaisant que de rayer une tâche effectuée dans une liste? (Non!)
Cette année je me fixe l’objectif de :
Lire au moins 25 romans ou essais (dont Les mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar, Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand et Mythologie des arbres de Jacques Brosse)
Alors qu’est sorti il y a quelque temps au cinéma des films sur la sorcière Maléfique de l’histoire de la Belle au Bois Dormant, intéressons-nous à l’une des plus ancienne version de ce conte, à quelques détails de différence . Parce qu’ici point d’histoires de dragon, de malédiction ni de beau prince prêt à sauver la princesse endormie. Cette fois ci ce n’est pas la princesse qui tombe dans un sommeil, c’est tout l’inverse!
Prenons la direction de la Grèce antique, que dis-je, la Grèce Mythique. Les dieux de l’Olympe parcourent encore notre monde ajoutant leur grain de sel dans les aventures humaines. Ne nous arrêtons pas sur Héraklès ou encore sur Achille, tout deux connu pour être des valeureux guerriers. Non, le héros de notre histoire se nomme Endymion. C’est un jeune berger qui est considéré par tout les poètes, quelques soient les versions du mythe, comme étant d’une très grande beauté. (Avouons que les héros de mythes sont rarement laids comme des poux). Il est si beau que même la Lune en est folle. Séléné, qui avec son char traverse la voûte du ciel pour apporter la nuit est en amour devant Endymion. Parfois, Séléné est assimilée à Artémis, la déesse chasseresse, alors que Hélios le soleil prend les traits de son frère jumeau Apollon. Ainsi on peut trouver des versions de ce mythe avec Artémis (ou Diane son pendant romain). Mais revenons à notre histoire.
Séléné et Endymion, Sebastiano Ricci (1713) Chiswick House, Angleterre
Donc Séléné tombe profondément amoureuse du beau jeune homme. C’est le vrai, c’est le seul, l’unique, celui qu’elle aimera pour sa vie éternelle. Or Endymion n’est qu’un homme. Humain donc mortel. Et la déesse refuse de perdre son amant. Elle voudrait passer son éternité à admirer le visage parfait du jeune homme qui fait battre son cœur immortel. Séléné décide d’aller voir Zeus, pour lui demander une faveur : l’immortelle jeunesse pour Endymion. Même si celui-ci n’est pas un héros, même si il ne s’est pas distingué par les armes ou par un talent extraordinaire, Zeus accepte. Le beau jeune beau homme est alors plongé dans un sommeil éternel. Ainsi chaque nuit, la déesse Séléné descend admirer son amant endormi qui ne prend pas d’âge. Chaque nuit, quand son char traverse la nuit, en tirant la lune, elle caresse de ses rayons de lune son amant, pour l’éternité.
Dans cette histoire, Séléné a bien joué lors de sa demande à Zeus. Endymion sera beau à jamais. Elle a consciencieusement choisi ses mots pour parler au maître de l’Olympe. Sa sœur Eos, déesse de l’Aurore, aurait pu s’en inspirer, lorsqu’elle formula la même demande pour son amant Tithon. Zeus accorda à ce jeune prince troyen l’immortalité. Jusque là, bonne nouvelle pour lui me direz-vous. Sauf que Zeus accorda l’immortalité au sens premier du terme. Et non pas la jeunesse éternelle. Vieillir encore et encore, jusqu’à devenir un vieil amas de chair, c’est là le destin qui attend Tithon. Eos se retrouve avec quelqu’un (ou quelque chose) bien loin du bel éphèbe dont elle tomba amoureuse. Moralité de l’histoire : bien faire à attention à ce que l’on souhaite
Sources
F.Guirand et J.Schmidt, Mythes et Mythologies, Larousse in exten, Espagne 2019
Après avoir longtemps délaissé ce blog pour accompagner des visiteurs à la découverte de vestiges gersois du monde gallo-romaine, me voici de retour. A défaut de pouvoir écrire lors de ces derniers mois, j’ai pu lire. Je vous partage une de mes dernières lectures historiques.
Synopsis : En suivant l’itinéraire d’une pièce de monnaie à l’effigie de l’empereur Trajan, nous sillonnons tout l’Empire romain à l’époque de son extension maximale et découvrons toutes les couches de la société au travers de ses propriétaires successifs
L’avis de la mythographe :
Dans les aspects positifs du livre, il me faut noter qu’à partir du moment où j’ai commencé le livre, je n’ai pu le quitter. J’ai mis du temps à finir cette lecture mais il m’était devenu impossible de lire autre chose. Je me suis laissée emporter par l’aventure, par le désir de savoir quelle aventure nous attendait (et quand Trajan allait-t-il intervenir dans l’histoire?). J’ai découvert tant d’anecdotes sur la vie quotidienne ou sur certaines régions de l’Empire. Le tout en utilisant des sources et en se basant sur des recherches archéologiques. Je ne savais pas que le « sandales-chaussettes » existait déjà lors de l’Antiquité. Ce livre offre des point d’accroche sur tout les sujets, des descriptions d’architecture, un récit de bataille, de la sorcellerie, on parle alimentation, esclavage, sexualité…
Mais il y a des points qui m’ont dérangé dans ce livre. Le fil directeur est le voyage du fameux sesterce, et c’est l’un des point noir du livre. Ce n’est pas un roman ni vraiment un ouvrage de vulgarisation historique habituel. Or la narration n’est pas à mon goût au niveau du sujet. On passe de mains en mains sans avoir vraiment le temps de s’attacher aux gens. Parfois on connait à peine leur prénom. On a peu de support d’identification. Et c’est vraiment un manque je trouve, parce que le livre peut avoir un aspect liste descriptive. Je le mentionnais plus haut, on voit plein de choses mais parfois les descriptions assomment le récit. Le fil rouge du livre est parfois presque oublié, avec des chapitres où l’on prend à peine le temps de nous prévenir que l’on a changé de propriétaire. Petit malus supplémentaire, j’ai voulu travailler sur une anecdote et il n’y avait pas de notes/sources dessus. C’est un poil dommage pour ceux qui souhaiterais approfondir l’information…
Verdict : C’est un ouvrage avec un concept intéressant, riche d’histoires sur des sujets divers et variés. Il manque juste un peu plus d’intensité dans la narration pour que cela ne deviennent pas une succession de descriptions de ce qui fait l’Empire Romain. Ce n’est pas un ouvrage qui plaira à tout le monde mais surement à des passionnées d’Histoire qui veulent en découvrir plus sur sur l’Antiquité romaine
Confinés dans nos demeures, nous ne cherchons plus qu’évasion et occupations. La mythographe est aussi cloitrée dans son temple sans possibilité d’aller partager la culture. Mais rien n’est perdu quand on a une bibliothèque bien fournie et un accès à la plus grande bibliothèque du monde : Internet. Voici donc une suggestion de programme culturel à regarder sans modération.
Pour ce premier conseil, je vais faire un coup de projecteur sur Jane Eyre. C’est un de mes classiques favoris, peut être même qu’il se trouve sur la première marche du podium de mon cœur. Lorsque je suis tombée sur cette histoire, j’ai dévoré tout ce qui a pu me tomber entre les mains: films, séries, et bien sur le matériau originel.
Jane Eyre est tout d’abord un roman de Charlotte Brönte publié en 1847. C’est l’histoire d’une jeune femme orpheline dont l’enfance est marqueé par les mauvais traitements infligés par sa famille maternelle. Vers ses 10ans, la jeune fille est envoyée dans un lugubre pensionnat. A l’âge adulte, elle se mue d’une volonté de sortir de cette cage et trouve une place de gouvernante pour s’occuper de la jeune protégée d’un homme énigmatique, Mr.Rochester. Entre Jane Eyre et le séducteur aux multiples facettes, une passion s’installe peu à peu. Mais les épreuves ne sont pas terminées pour une jeune femme emprunte de modernité et de féminisme.
Ce roman a été adapté de nombreuses fois, notamment sur nos (petits et grands) écrans. Sur la postface de mon édition française du livre, on nous certifie que la meilleure adaptation est celle avec Orson Wells de 1944 (réalisé par Robert Stevenson). Après avoir visionné une grande partie des adaptations disponibles (plus ou moins légalement), je pense avoir matière à forger mon avis sur le sujet. Je n’ai pu me résoudre à choisir entre deux adaptations de la BBC, que je vais vous présenter.
Jane Eyre, réalisée par Julian Amyes en 1983
J’ai une affection particulière pour cette adaptation car si elle fait un peu vieillotte, elle me charme par bien d’autres aspects. Tout d’abord c’est une des plus fidèles que j’ai pu voir. On retrouve les mêmes répliques que dans le livre. De même, l’arc narratif de Mr Rochester est celui qui se rapproche le plus en détail de celui développé par l’auteur (*précision pouvant être considéré comme un spoiler en fin d’article). Quand on a lu un roman, on a toujours tendance à trouver l’adaptation moins bonne car certains éléments ne sont pas évoqué. Dans le cas présent tout y est. Ce qui pour ma part, me combla de bonheur. Car contrairement aux films, la série prend le temps de couvrir les derniers chapitres du roman.
Enfin, mon coup de cœur dans cette série c’est Mr Rochester interprété par Timothy Dalton. Il en fait presque trop, mais je l’adore. Il est charmeur, humain, ténébreux, son accent me fait fondre. L’actrice qui l’accompagne, Zelah Clarke, me semble une peu « vieille » pour le rôle (33ans, contre les 18ans de l’héroïne). On a pas essayé de la rendre plus jolie/sexy mais on a gardé un costume et une coiffure digne du roman et d’une héroïne ni belle ni laide. Mais elle a quand même sa langue bien pendue. Cependant, je dois reconnaitre que la série a mal vieillie. Elle a un côté un peu théâtral dans la réalisation et dans le jeu, un grain dans l’image et le son. Je trouve que c’est aussi ce qui fait le charme de cette version, très british. Cette adaptation est celle qui convient le plus à la lectrice puriste que je suis, ainsi qu’à la midinette en moi. Et puis Timothy Dalton et son accent… A vrai dire, je crois que toute mon affection pour cette adaptation repose sur les scènes entre Timothy Dalton et Zelah Clarke. Alors, si vous aimez l’histoire vous pouvez aussi aller seulement regarder les scènes mythiques.
Jane Eyre, réalisé par Susanna White en 2006
Je crois que c’est la première adaptation du roman que j’ai vu. Elle m’est d’autant plus chère que j’ai pu rencontrer par le plus grand des hasards, l’actrice principale, Ruth Wilson, et lui bafouiller mon amour pour cette série. Comme pour la version de 1986, le format série (ici de 4 épisodes) permet de traiter d’une large partie du roman. On a ici encore la chance d’avoir les derniers chapitres mis en scène et non pas passé sous silence comme dans les films. Ai-je mentionné que je trouvais que ce qui faisait la force de cette fin c’était justement les derniers chapitres? Le point important ici dans cette adaptation et ce qui fait sa force par rapport à celle de 1983, c’est sa réalisation. On perd le côté un peu fixe, limite théâtral pour une mise en scène plus fluide, plus esthétique, plus moderne avec un aspect plus en harmonie avec que ce l’on peu voir ailleurs. Les acteurs sont très bons. Ruth Wilson est plus crédible physiquement avec l’âge de Jane. Et Toby Stephen est pas mal en Mr Rochester, plus à fleur de peau, avec un jeu plus nuancé que Timothy Dalton. En fait, ce que j’aime dans cette adaptation, c’est qu’on a quelques changements par rapport à l’histoire de base mais ils restent au service de l’histoire. Et je trouve dans celle-ci que les personnages sont plus humains, avec plus de nuances dans le jeu des acteurs. C’est un peu plus charnel aussi, plus profond dans les regards… C’est beaucoup facile à regarder avec un œil moderne, grâce à une peu plus de dynamisme. De plus, on s’attarde un peu plus sur l’arc Mr Rochester que dans la version de 1983 et avouons le, c’est tout ce qu’on le recherche dans ces adaptations.
Pour résumer, le format série est le meilleur à mon sens pour adapter Jane Eyre. Son histoire se déroulant en plusieurs actes, les films font souvent le choix de passer sous silence certains morceaux pour se concentrer sur la meilleure partie : les instants entre Mr Rochester et Jane. Or avec le format plus long de la série, chaque pan de la vie de Jane est développé, nous permettant de comprendre au mieux le personnage. De plus, je n’ai trouvé qu’en série l’adaptation des derniers chapitres qui sont pour moi aussi important que la fin proposé par les films(**voir spoiler en bas de l’article). Si vous voulez découvrir l’histoire de Jane Eyre, je conseillerais la version de 2006, plus digeste et plus agréable à suivre. Par contre si vous connaissez déjà l’histoire et que vous voulez découvrir une autre adaptation de ce roman, je recommande fortement celle de 1983 (notamment tous les passages entre Jane et Mr Rochester). Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un bon visionnage.
BONUS: Je ne sais combien de temps ces information resteront valables, mais il est possible de visionner gratuitement des adaptations en VO depuis la plateforme Youtube. Voici quelques liens pour y accéder:
La version de 1997 (et l’un des rares films qui développe un peu les derniers chapitres)
!SPOILER!
* Les blessures de Mr Rochester ne sont jamais aussi visibles que dans cette version. C’est l’une des seules (selon mes souvenirs) où l’on voit qu’il a perdu sa main lors de l’incendie.
** La plupart des films s’arrête aux retrouvailles entre Mr Rochester et Jane. Elle est vivante, il retrouve son amour, bisou et générique de fin. Or dans le livre, Jane bataille et joue de la jalousie de Mr Rochester pour lui redonner goût à la vie et à l’amour (et aux punchlines bien senties). C’est après les retrouvailles qu’il la demande en mariage. Ces moments où Jane le titille pour lui redonner confiance en lui et en son amour sont touchants. Et je trouve dommage qu’ils soient souvent passés sous silence.
Synopsis : Délaissant momentanément nos maux contemporains, qui forment son quotidien de médecin urgentiste, Patrick Pelloux se penche ici sur de curieux patients : quasi morts, et tous illustres. Et si leur agonie en disait plus sur l’époque que l’époque elle-même ? Partant de cette intuition, Patrick Pelloux s’est lancé dans une recherche inédite, à la fois médicale et historique : retracer les derniers moments de ces personnalités qui ont fait l’Histoire. Le résultat en est une trentaine de chroniques – de Jésus à Churchill -, écrites d’une plume aussi précise qu’un bistouri. Au gré des époques, une promenade passionnante au chevet des grands hommes
L’avis de la mythographe : J’ai découvert ce livre en écoutant l’intervention de Patrick Pelloux dans le podcast Nouvelle École d’Antonin Archer ( à écouter ici). Je connaissais l’urgentiste qui passe régulièrement à la télévision pour parler des dysfonctionnements des hôpitaux. Mais dans le podcast, Patrick Pelloux parle entre autre de son premier livre, On ne meurt qu’une fois et c’est pour si longtemps. Ici, point d’appel à l’aide des hôpitaux mais l’histoire des derniers jours de grands personnages de l’Histoire. Je ne sais pourquoi mais j’avais le souvenir que l’auteur racontait des morts « cons ». Je pense que si elle le sont c’est à ses yeux de médecin.
Ce livre est un recueil d’histoires racontant les derniers instants d’un personnages de l’histoire, le tout sous l’angle médical. Comment furent les derniers instants de Louis XV ou ceux de Gustave Flaubert? Ce livre est intéressant, surtout dans la partie XIXe siècle car si je connais Zola et ses ouvrages, je ne connaissais pas sa mort. De même pour Flaubert ou Balzac et j’en passe. Cependant il me semble important de préciser que ce livre est écrit sous l’angle médical, et donc en détails. Donc il faut s’attendre à de la précision dans l’état du mourant (et pour les cas des Louis XIII à Louis XV c’est vraiment peu ragoutant). Donc âmes sensibles, s’abstenir.
Mon bémol se situerait sur la question du contexte des morts et des sources. En effet, Patrick Pelloux replace souvent l’identité et le contexte de la mort. L’idée est bonne (voir indispensable) pour la compréhension du lecteur néophyte. Cependant, c’est un peu simpliste. Ça m’a sauté aux yeux pour les chapitres autour d’Henri III et Charles IX. C’est une période des guerres de religion que je maitrise et le récit de la Saint Barthélémy est peu orienté contre Catherine de Médicis. Mais ça reste un détail car le plus important le plus étudié par l’auteur, c’est le côté médical.
Autre petite remarque, les sources! Alors Patrick Pelloux n’est pas un historien alors évidement il n’a pas les mêmes codes d’écriture. Il y a une bibliographie donc je ne nie pas son travail de recherche. Et ce n’est pas un ouvrage scientifique, mais de la vulgarisation donc on est pas obligé de mettre des notes de bas de pages avec les sources. Mais (il y a toujours un « mais ») parfois, ça manque d’un peu de sources dans le récit. J’aurais aimé une mention que c’est tel chirurgien qui a relaté ce qu’il a vu par exemple. Mais je chipote un peu.
Verdict : C’est un livre qui nous raconte l’histoire de grands personnages sous un angle différents : les circonstances de la mort. C’est excellent pour voir à quel point la médecine a fort heureuse progressé. C’est aussi intriguant de mettre en parallèles les informations qu’on apprend face aux images qu’on a en mémoire. Louis XIV n’était pas aussi parfaitement beau que dans les films ou les tableaux par exemple. Par contre, faites attention, si vous ne supportez pas le sang et le pus, ce livre n’est pas fait pour vous.
La connaissance des plantes n’est pas qu’une question de botanique, mais aussi de mythologie. De tous temps, les Hommes ont imprégné de récits et de mythes les plantes qui les entourent. Dans la rubrique « Histoire de Flore » des plantes nous livrent des secrets de leurs origines, leurs capacités médicinales ou rituelles… Vous pouvez retrouver d’anciennes chroniques sur le site Echosciences Occitanie (en cliquant ici) Cette semaine, penchons-nous sur une histoire autour de la menthe
Mentha spicata L. « Nana », Menthe marocaine Nanah
Rafraichissant nos étés, la menthe aromatise nos citronnades et nos mojitos. Elle est la star de nos boissons mais qui sait depuis quand elle ravit nos papilles et nos narines? Connue depuis l’Antiquité, les grecs anciens qui lui connaissaient de nombreuses vertus curatives. Et pourtant elle était considérée comme une plante funèbre. Pour comprendre pourquoi, il faut se pencher sur la légende autour de sa création.
Dans les temps anciens, les dieux de l’Olympe régnaient sur un monde où les hommes et êtres immortels se côtoyaient. Dans le monde souterrain, existait une nymphe nommée Minthé, fille de Cocyte un des fleuves des Enfers . Cette belle immortelle sentait une si bonne odeur qui marquait son passage. Sa beauté ne laissa pas indifférent un dieu redouté de l’Olympe : Hadès, dieu des morts. Les deux êtres divins entamèrent une liaison.
Mais le seigneur du royaume des Enfers fut pris d’un coup de foudre pour sa nièce Perséphone. Hadès enleva la jeune déesse et l’épousa en fit la reine de son funèbre royaume contre son gré (voir Histoire de Flore #5: le côté obscur de la grenade). Minthé, rejetée, au comble de la jalousie, ne cacha pas sa colère. Elle se moqua ouvertement de sa rivale, racontant notamment que Hadès se lasserait de la belle Perséphone et la répudierait. Et un jour, c’en fût trop ! Dans un excès de colère Perséphone piétina sa rivale et transforma son cadavre en une plante verte qui conserva l’odeur de Minthé, cette fameuse odeur de menthe.
L’ironie de l’histoire, pour Perséphone, c’est que cette rivale qu’elle a voulu faire faire disparaître des mondes souterrains est à présent un indispensable du monde terrestre. Venue des Enfers, Minthé devenue menthe offre à nos préparations un petit goût de Paradis .
Sources :
Ovide, Métamorphoses (L. X, v.728),
Oppien, De piscat, (L.III, v.484)
Strabon, Géographie (L. VIII, 3, v.529)
Laure de Chantal, Le jardin des dieux, Flammarion, Paris, 2015
Guy Ducourthial, Petite flore mythologique, Belin, Paris, 2014
Daux Georges. Interdiction rituelle de la menthe. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 81, 1957. pp. 1-5. (Lien)
L’Histoire de France est truffée de grands personnages avec des destins incroyables. Et puis il y a les autres…
Antoine de Bourbon et Jeanne d’Albret, estampe de REVERDY Georges et ROVILLE Guillaume, 3e quart du XVIe siècle, Musée national du château de Pau
Henri IV, dessin de François Quesnel, 1602, Bibliothèque nationale de France
Jeanne d’Albret et Antoine de Bourbon sont les heureux parents d’un des rois les plus célèbres de l’Histoire de France : Henri IV. Sa légende et sa postérité ont éclipsé les autres enfants du couple. Leur union a pourtant donné naissance chronologiquement à Henri, puis Henri (grande originalité des prénoms), Louis-Charles, Madeleine et enfin Catherine.
Henri (n°2) est devenu roi de France et Catherine finit par se marier avec Henri de Lorraine après avoir gouverné les terres familiales. Malheureusement pour Jeanne et Antoine, Madeleine n’a pas survécu à la naissance. De même, Henri et Louis-Charles n’ont pas dépassé leurs 3ans. On pourrait penser que se sont des maladies qui ont emporté les pauvres enfants, dans une période où la mortalité infantile était importante. Et pourtant c’est la bêtise humaine qui précipita les garçonnets auprès de la Faucheuse.
En 1553, Jeanne d’Albret, enceinte, a quitté son fils adoré, Henri duc de Beaumont, pour suivre son époux au plus près des conflits contre Charles Quint. Elle a confié son premier né, qu’elle surnomme « le petit mignon », à son ancienne gouvernante: Aymée de la Fayette. La vieille femme est efficace mais a une obsession : le Froid. Ce dernier est très présent et est responsable de problème de santé chez les enfants comme chez les adultes. Aymée de la Fayette le redoute plus que tout, d’autant plus qu’elle a la responsabilité de la vie de l’héritier au trône de Navarre. Pour éviter que le froid ne touche le bébé, elle l’emmaillote fermement dans des linges et le laisse s’endormir dans une pièce surchauffée, sous prétexte « qu’il vaut mieux suer que trembler de froid ». Le 20 aout 1553, Henri, âgé de moins de 2ans, meurt asphyxié, pour le grand malheur de sa mère.
Louis-Charles de Bourbon, comte de Marle, Dessin de François Clouet, 3e quart du XVIe siècle, Musée Condé, Chantilly
Quelques mois après cette perte tragique, Jeanne met au monde, son deuxième enfant, encore un fils, fort et robuste: le futur Henri IV. Jeanne tombe de nouveau enceinte et donne une fois encore naissance à un garçon, bien portant : Louis Charles, Comte de Marle. Mais là encore le destin ou la Faucheuse ne l’entendait pas de cet avis. En novembre 1557, l’enfant a deux ans et demi. Il est gardé par une nourrice, comme le furent ses frères avant lui. Et en un jour de novembre, sa nourrice s’amuse avec un gentilhomme de la cour. Ils se lancent ou se passent l’enfant à travers une fenêtre ouverte. L’ambiance est bonne, tout le monde rit quand soudain l’un d’entre eux lâcha l’enfant, Louis-Charles est projeté sur le sol où il se froisse une côte. De peur de la réaction de Jeanne d’Albret si elle apprenait l’incident, la nourrice le garde secret n’apportant pas de soin à l’enfant. Et celui-ci décède de ses blessures internes quelques jours plus tard.
Jeanne d’Albret a donc perdu deux enfants suite à une certaine absurdité humaine. Est-ce un signe du destin pour favoriser la montée sur le trône d’Henri (n°2) sans déclarer de guerre de successions? Ou peut être que la grande faucheuse se laisse un quota de morts un peu absurde pour nous faire rire des siècles plus tard?
Jeanne d’Albret Reine de Navarre, Attribué à François Cloué, vers 1570, Musée Condé, Musée de Chantilly
Sources
Henri IV, Jean Pierre Babelon, Fayard, Poitier, 1982
Jeanne d’Albret la mère passionnée d’Henri IV, Françoise Kermina, Perrin, 1998
Notice de la base Joconde de l’estampe de Jeanne d’Albret et Antoine de Bourbon : ici
Notice de la base Joconde du tableau de Jeanne d’Albret:ici
La connaissance des plantes n’est pas qu’une question de botanique, mais aussi de mythologie. De tous temps, les Hommes ont imprégné de récits et de mythes les plantes qui les entourent. Dans la rubrique « Histoire de Flore » des plantes nous livrent des secrets de leurs origines, leurs capacités médicinales ou rituelles… Vous pouvez retrouver d’anciennes chroniques sur le site Echosciences Occitanie (en cliquant ici) Cette semaine, penchons-nous sur une histoire autour du mûrier.
Mûrier blanc (Morus Alba.L)
Deux jeunes gens qui s’aiment alors que leurs familles se détestent et qui finissent par se suicider ne pouvant vivre l’un sans l’autre. Cela vous rappelle quelque chose? Et non, le sujet de cet article n’est pas Roméo et Juliette! Au contraire c’est ce qui inspira le célèbre Shakespeare qui va nous intéresser et nous permettre de comprendre pourquoi selon la mythologie les mûres ont cette couleur sombre.
Imaginez-vous, deux jeunes gens vivant dans la Babylone antique. Pyrame et Thisbée étaient deux jeunes gens d’une beauté à couper le souffle. Personne ne pouvait surpasser leur beauté dans tout l’Orient. Le sort voulu que cette jeune femme et ce jeune homme soient voisin. Mais voisinage étant souvent synonyme de querelle, leurs familles se détestaient. Les jeunes gens grandirent en apprenant à se connaitre mais l’idée d’un mariage était inimaginable pour leurs familles respectives. Alors, le couple se forma secrètement, s’exprimant par des gestes discrets et des regards furtifs. Pour se parler, les deux amoureux utilisaient une brèche secrète dans le mur mitoyen de leurs maisons. Thisbée et Pyrame se parlaient, se languissant de ne pouvoir se voir, se toucher. Un jour, s’en fut trop pour les deux amants! Ils décidèrent de fuir les griefs familiales et de vivre leur amour librement. Ils se donnèrent rendez-vous la nuit près du tombeau de Ninos, près du murier aux fruits blancs et d’une source d’eau pure.
Thisbé, John Waterhouse, 1909, Collection privée
Thisbé, couverte de son voile, fut la première à arriver sous le mûrier. Son amour pour Pyrame lui avait insufflé le courage de s’échapper de la surveillance de ses parents. Soudain, elle fut surprise par un grondement. Une lionne apparu, la gueule maculée du sang d’un bœuf qu’elle venait de dévorer. Alors que Thisbé prit peur et quitta les lieux, le fauve se dirigea vers la source d’eau. Une fois désaltéré, le félin remarqua le voile abandonné par Thisbé dans sa fuite. S’amusant quelques instants la lionne déchira, mordu et souilla du sang qu’il restait sur sa gueule le morceau d’étoffe, avant de retourner s’enfoncer dans la nuit.
Thisbé fuyant, effrayée par la lionne, J.W. Baur, 1641-1700
C’est ce moment que choisit Pyrame pour arriver au pied du murier aux fruits blancs. Le jeune homme découvrit avec horreur le voile de sa bien-aimée lacéré et taché de sang ainsi que les traces de pattes félines sur le sol. Persuadé d’avoir perdu Thisbé, dévorée par un fauve, il s’empara des morceaux de tissus et s’écria ces mots : « […] Thisbé ! C’est moi qui fus ton assassin ! C’est moi qui t’ai perdue ! Infortunée ! Je te pressai de venir seule, pendant la nuit, dans ces lieux dangereux ! et n’aurais-je point dû y devancer tes pas ! Ô vous, hôtes sanglants de ces rochers, lions ! venez me déchirer, et punissez mon crime. Mais que dis-je ? les lâches seuls se bornent à désirer la mort » A ces mots, il se saisit de son épée et se transperça le cœur. Avec douleur, il retira la lame, laissant jaillir un flot de sang s’écoulant sur les racines du mûrier, dont les fruits blancs se mirent à rougir.
Alors que Pyrame attendait la mort, Thisbé revint vers le lieu de rendez-vous, craignant de le faire attendre. Elle le chercha des yeux et le découvrit, baignant dans son sang sous le murier. Dans un cri d’horreur et de douleur, elle se jeta sur Pyrame et couvrit son corps de baisers et de larmes. Un dernier élan de vie, permit au jeune homme d’ouvrir les yeux pour voir Thisbé avant de les refermer à tout jamais. La jeune femme aperçut alors les morceaux de son voile déchiré et l’épée encore humide du sang de Pyrame et comprit la mortelle méprise. S’emparant de l’arme, elle s’écria : « Malheureux ! c’est donc ta main, c’est l’amour qui vient de t’immoler ! Eh bien ! n’ai-je pas aussi une main, n’ai-je pas mon amour pour t’imiter et m’arracher la vie ? Je te suivrai dans la nuit du tombeau. On dira du moins, elle fut la cause et la compagne de sa mort. […] Et toi, arbre fatal, qui de ton ombre couvres le corps de Pyrame, et vas bientôt couvrir le mien, conserve l’empreinte de notre sang ! porte désormais des fruits symboles de douleur et de larmes, sanglant témoignage du double sacrifice de deux amants «
Pyrame et Thisbé, anonyme, Musées de la Ville de Saintes
Thisbé s’empara de l’arme de Pyrame et la plongea dans son cœur avant de s’effondrer morte sur le corps de son bien-aimé. Au matin, Les pères des jeunes gens, touchés par leur histoire, joignirent leurs cendres en une seule et même urne pour que le couple soit uni dans la mort pour l’éternité. Les dieux, ému par ce couple exaucèrent son vœu : les mûres du murier aux fruits blancs devenus se teintèrent d’une couleur sombre et funeste.
Mort de Pyrame et Thisbé, Laurent de La Hyre,
Ce mythe est ce qu’on appelle un récit « étiologique ». Son but est de trouver un sens ou une origine à une situation que l’on explique pas. Ovide avec ces Métamorphoses utilise beaucoup ce procédé. Ici, le sujet de l’histoire n’est pas comme on pourrait le penser Pyrame et Thisbé mais la transformation des fruits du mûrier, passant du blanc au pourpre. La postérité et les nombreuses reprises et réécritures de ce mythe ont souvent passé sous silence cette dimension explicative. Si bien que dans les tableaux qui représentent la scène, les mûres rouges sang ne sont pas présentes. L’histoire d’amour tragique a pris le pas sur la métamorphose du mûrier, laissant celle ci comme une simple anecdote. Et pourtant, qui pourrait se douter en goutant ces fruits si délicieux, qu’ils portent en eux l’histoire d’un couple qui n’ayant pas pu s’aimer dans le monde des vivants se retrouvèrent dans celui des morts.
Sources
Ovide, Les Métamorphoses, IV, 55-166
Jacques Brosse, La mythologie des arbres, Editions Payot &Rivages, Paris, 1993.
Laure de Chantal, Le jardin des dieux, Flammarion, Paris, 2015
La connaissance des plantes n’est pas qu’une question de botanique, mais aussi de mythologie. De tous temps, les Hommes ont imprégné de récits et de mythes les plantes qui les entourent. Dans la rubrique « Histoire de Flore » des plantes nous livrent des secrets de leurs origines, leurs capacités médicinales ou rituelles… Vous pouvez retrouver d’anciennes chroniques sur le site Echosciences Occitanie (en cliquant ici) Cette semaine, penchons-nous sur une histoire autour du tilleul.
Tilia platyphyllos : Tilleul à grandes feuilles
Laissez-moi vous emmenez dans les contrées de Thessalie, en Grèce centrale. Imaginez-vous dans un temps lointain où la Terre est peuplée par des êtres divins capables d’exploits et de magie. Un monde où les dieux de l’Olympe ne n’existaient pas encore, un monde gouverné par leurs parents, les Titans! À leur tête, Cronos prit le pouvoir en émasculant et détrônant son père Ouranos. Marié à la Titanide Rhéa, il vivait dans la peur qu’un de ses enfants le renverse à son tour. Pour éviter ce problème, il avala systématiquement tous ses enfants dès la naissance. Tous sauf le petit Zeus. Cronos pensait l’avoir dévoré, mais il avait été dupé par son épouse qui lui donna une pierre entourée de langes.
Cronos avalant un rocher à la place de son film Zeus, Case extraite du tome 5 du manga Save me Pythie d’Elsa Brants
Pendant que le futur dieu de la foudre grandissait caché, Cronos fut pris de désir pour une jeune Océanide, la belle Philyra. Il se rendit sur l’île de Philyréide, où résidait la fille du Titan Océan et la séduit. Le couple infidèle s’aimait quand ils furent découverts par Rhéa en pleine action au lit. L’amant infidèle, se transforma en étalon à l’épaisse crinière et fuit les lieux. Certains racontent même que pour tromper les soupçons de sa femme, il avait déjà pris la forme d’un cheval pour s’unir à Philyra.
Son amant disparu, la jeune océanide honteuse quitta son île pour se réfugier dans des montagnes. L’histoire aurait pu en rester là, mais la jeune nymphe portait en elle le fruit de cette union divine. Lorsqu’elle accoucha, Philyra fut frappée de surprise mais surtout d’horreur. Son enfant n’avait pas deux jambes mais quatre pattes. Son fils Chiron était né moitié divin et moitié cheval : elle avait enfanté d’un centaure. Considérant cet enfant comme un monstre, elle appela et supplia son père le Titan Océan, de l’aider à échapper à la honte. Il la transforma en arbre, le tilleul.
Philyra et Saturne sous la forme d’un cheval ailé, Parmigiano, étude à la plume, XVIe siècle,
Le choix de cet arbre n’est pas anodin. En effet, en Grèce et en Crête, le tilleul était un arbre médicinal reconnu depuis l’époque archaïque. Ses fleurs étaient réputées pour être utilisées dans l’un des plus anciens remède connu du monde grec. Si bien qu’au Ier siècle de notre ère, Pline l’Ancien la mentionne dans son livre Histoire Naturelle. Il conseille, par exemple, de faire mâcher les feuilles de tilleul aux enfants victimes d’aphtes. Mais ce n’est pas tout, puisqu’il lui attribue aussi des effets diurétiques, des effets bénéfiques sur la régulation sanguine et les menstruations, sur les inflammations des yeux, sur les ulcères et qui accélèrerait les cicatrisations. Une plante multi-usage dont on louait les atouts depuis quasiment la nuit des temps.
Pour Jacques Brosse, spécialiste de la mythologie des plantes, le choix du tilleul est une référence à un très ancien culte rendu à cet arbre aux propriétés curatives et divinatoires. En effet, l’écorce fine de l’arbre pouvait servir à la fabrication de papier, qui déchiré en bandes, servait à la pratiquer la divination. Or, le don de soigner et celui de prédire l’avenir sont deux dons que l’on retrouve chez le centaure Chiron mais surtout chez sa fille Ocyrhoé. S’il tient son immortalité divine et son aspect chevalin de son père Cronos, on peut relier ses capacités ses connaissances botaniques et médicinales à sa mère devenue arbre guérisseur.
Le centaure Chiron, d’après Filippino Lippi, XVe siècle, Musée des Beaux Arts, Chambéry
Si un jour vous vous baladez sur le Mont Pélion en Grèce, pensez à Chiron qui y passa sa vie. Et si non loin d’une grotte vous tombez sur un tilleul, soyez respectueux, il est possible que se soit Philyra, aimée de Cronos et mère malheureuse du plus fameux et sage des centaures.
Sources
Apollonios de Rhodes, Les Argonautiques, Livre II, 1231-1241